Troisième industrie mondiale la plus polluante (après l’agriculture et le tourisme), la mode de nos jours, c’est plus de deux milliards et demi de jeans vendus chaque année dans le monde, plus de soixante litres d’eau pour un seul de ces produits et des dizaines de substances chimiques pour un t-shirt. Si la fast-fashion a du bon : des tendances à haute fréquence, des prix imbattables et une accessibilité incomparable, elle est aussi extrêmement néfaste pour la planète, pour certaines sociétés et pour le Fashion World lui-même. Alors on retrouve le goût du travail bien fait, on apprécie les belles pièces et on arrête de s’imaginer qu’avec un t-shirt à 3 euros nous avons fait une bonne affaire. 


Fast-Fashion: l’envers du décor

À quand remonte la dernière fois où vous êtes entrés dans un Primark ?

      Avez-vous vu cette immensité de vêtements accrochés aux murs, sur portiques ou mannequins, dans des bacs, en vrac, ou sur des tables en piles ? Pour être honnête, cette abondance extra-excessive de vêtements, a soudainement achevé mon envie de shopping. (Et il en faut beaucoup !). Des tissus, encore moins bons que mon déguisement de princesse à mes 5 ans, des finitions très approximatives, et des coupes tout juste vagues, c’est ce que nous retrouvons chez les grandes marques.

      ZARA en arrive à proposer tout de même, plus de 15 000 modèles différents par an ! Cela signifie que la marque conçoit près de 300 nouveaux modèles par semaine! De même, pour fabriquer nos petites jupes à 14,99€, H&M emploie près de 4 millions de petites mains Bengalis, payées pas plus de 50 euros par mois. Les ouvriers peuvent travailler plus de 80 heures par semaine afin de « respecter les délais de livraison imposés ». Aïe, nos trois collections par saison ont pour prix des journées interminables et exténuantes pour des milliers et des milliers de personnes.

Picture Rene Bohmer Unsplash

      Le documentaire Le Monde selon H&M, évoque la question de la sécurité des employés, puis parle du Rana Plaza. En avril 2013, l’effondrement d’une usine textile fait plus d’un millier de morts. Et lorsqu’il s’agit de passer au mea culpa, d’écouter les salariés et de penser aux possibles améliorations, H&M fait son plus beau sourire et par derrière, organise la délocalisation des usines en Afrique Noire.

Et nos Suédois ne sont, bien sûr, pas les seuls dans l’affaire. Les Maisons qui font des pas de travers sont bien nombreuses. Burberry par exemple, brûle ses stocks pour ne pas avoir à offrir de pièces bradées. Cette pointe d’orgueil équivaut tout de même à 32 millions d’invendus. (Un joli brasier de tartan dans la Maison de luxe!)

Green-washing

      Par conséquent, les marques tentent de se forger au plus vite, une casquette écoresponsable, (inspections des usines à l’étranger, utilisation de matériaux bios, etc…). Dernièrement, (ce 29 octobre), des groupes comme l’Oréal, Stella McCartney ou encore nos petits loulous: H&M et Burberry, signaient une charte contre la pollution plastique, (The New Plastics Economy Global Commitment). (Jusqu’à présent, tout va bien).

      Cependant, et là est la partie complexe : certains pensent devoir faire un choix entre business et environnement. (Et beaucoup préfère faire des pépettes…). On nomme cela communément le « green-washing ». La manière de vous entourlouper avec trois maudits palmiers plantés devant la porte, une étiquette en coton bio, et derrière des gamines de 15 ans qui font du 80 heures/semaine dans les usines.

Picture Annie Spratt – Unspalsh

Des marques éco-friendly

      En déroulant simplement la page d’accueil d’un des plus grands médias de mode (FashionNetwork.com), nous découvrons un torrent d’articles, annonçant les nouvelles et diverses pratiques écoresponsables des marques. Attrape-nigauds ou réels intérêts, quelques soient leurs motivations, les maisons semblent se pencher sérieusement sur le sujet.                On change les méthodes de travail, on prend son temps, on propose de la qualité, puis on use, on récupère et on réutilise. L’idée générale du principe est – comme le décrit parfaitement Majdouline Sbai (auteure d’Une Mode éthique est-elle possible ?) : « le déchet d’une industrie A, devient la matière première de l’industrie B ». (Glamour).

Fast Retailing et sa production de jeans « à sec »

      Nouvelle méthode « green » dans la production de jeans du groupe japonais Fast Retailing, qui demanderait beaucoup moins d’eau que les 60 litres nécessaires aujourd’hui (pour une pièce). D’ici 2020, la société envisage de réduire de 99% la consommation d’eau pour la production d’un grande partie de ses marques comme Uniqlo, Comptoirs des Cotonniers ou encore Princesse TamTam.

Everlane et ses manteaux de plastiques.

      La marque américaine, propose depuis le 24 octobre, une collection de manteaux, à partir de bouteilles de plastiques recyclées : ReNew. La collection aurait permis, jusqu’à présent de « donner une nouvelle vie à 3 millions de bouteilles en plastiques » (Gabriella Lacombe). Mais la marque va plus loin que cela, puisqu’elle réduit l’utilisation de plastique aussi en interne ! Chez Everlane, on parle de recyclage jusqu’au presse papier !

1083 kilomètres français

      La marque 1083 favorise, quant à elle, une production nationale. Et elle l’instaure jusque dans son nom. En effet, 1083, est le nombre de kilomètres qu’un article peut faire au maximum au cours de sa fabrication. En soit, comprenez que c’est la plus grande distance entre deux villes françaises. Malin!

Picture Henry Co – Unsplash
Stella McCartney, ambassadrice de la mode green

      Ni cuir ni fourrure, seulement du synthétique, du végétal (régulé) ainsi que de nouvelles matières recyclées. Stella McCartney – qui a baigné toute son enfance dans un environnement vegan – s’engage tout naturellement, dans la création d’une mode green et douce. Pour elle, continuer à utiliser des matières animales comme depuis des milliers d’années, n’est rien d’autre qu’« old fashion ». Bien dit Stella. Peut-être qu’insinuer que beaucoup sont ainsi démodés, va avoir plus d’impact que les campagnes écofriendly du moment. (et ce serait bien réducteur).

Les petites mains du « bien fait »

      Lidewij Edelkoort – prévisionniste de tendances – appelait déjà en 2014 dans son livre Anti_Fashion, à favoriser le vêtement bien fait plutôt que celui de la Fast Fashion. Ainsi, le nouveau luxe d’aujourd’hui est de prendre le temps pour un travail soigné.

Friends of Light

      Le documentaire Révolte dans la Mode présente des artistes du « bien fait », qui prennent leur temps, et qui favorisent l’exercice de leurs talents à la croissance de leurs capitaux. Par exemple, le collectif Friends of Light, regroupe 5 petites mains (à la patience d’or), qui utilisent des méthodes de tissage primitives. Elles passent, tout de même, plus de 160 heures pour créer une veste. (Nous sommes bien loin des 300 modèles la semaine !). Ainsi, pour Pascale Gatzen (chef du projet), monter cette activité c’est « vivre de manière épanouissante » en alliant création, et soutien « d’une vision politique et sociale ». L’artiste nous rappelle ainsi, ce qu’est initialement l’art.

Photo Friends of Light website
Les Récupérables

   De même, avec sa marque Les Récupérables, Anais Dautais Warmel (ADW) propose, robes, vestes, pantalons, ou encore le fameux Kimbo, (kimono/boléro, inventé par la marque). Le tout, est conçu à partir de matières récupérées. Cette artiste engagée, réalise donc de petites merveilles à partir, en autre, d’anciens rideaux et de napperons.

Coralie Marabelle et ses paniers récup’

      La designer, fraîchement installée dans la capitale, habille ses vitrines de paniers de récupération pour vieux vêtements. Après coups de ciseaux, de fils et d’aiguilles, nos fonds d’armoires retrouveront une nouvelle jeunesse au sein des collections mensuelles de Coralie Marabelle. Effectivement, il semblerait que la créatrice ne marche pas dans les traces de la Fast-Fashion. Chez Coralie, nous trouvons une petite dizaine de nouveaux modèles chaque mois, une boutique ouverte 5 jours par semaine, de la récup’, de l’art, de la création et de la bonne humeur.

Les autres solutions ?

      Pour Glamour, Majdouline Sbai parle de la responsabilité du consommateur. Et cela commence notamment par lire les étiquettes de nos vêtements ! Ensuite, friperies, sites de seconde main ou encore les armoires de nos copines peuvent être nos meilleurs alliés. Un vêtement bien fait et déjà porté, vaut bien plus qu’une fringue mal finie, et jamais utilisée.

 

Victime ou actrice d’une société de consommation, la mode tourne à toute allure.  Les grandes enseignes ne cessent de produire. Encore plus vite. Encore moins bien.                                        Acheter des fringues, ou acheter tout court, n’est plus que jamais une consolation, qui devient de plus en plus addictive et de moins en moins contrôlable. Le vêtement perd de sa fonction, la couture perd de son art. On use, on gaspille et on jette pour suivre des tendances qui changent au quotidien. Cependant, il semblerait que la Fast Fashion, rencontre un tournant.

Les chiffres ne cessent de tomber : des litres d’eau polluée, des milliers d’animaux tués et des populations entières exploitées. La mode blesse, et nous ne l’avons pas encore complètement intégré. Beaucoup souhaite, d’ailleurs, changer cela : les journalistes sortent leurs plumes et les créateurs changent d’aiguille, pour une autre, bien plus responsable.  Les marques remanient leurs stratégies éthiques et s’engagent dans le green. De nouvelles idées naissent, et d’anciennes techniques reviennent. Le vêtement prend une nouvelle valeur et l’art regagne, peu à peu, sa place au sein de la confection.

Il semblerait que la mode évolue. Il semblerait qu’elle s’habille d’un grand manteau vert.


FashionNetwork.com: Uniqlo avance vers la fabrication de jeans économes en eau – Barbara Santamaria ;Marques de la mode et de la beauté s’engagent contre la pollution plastique ; Everlane s’engage à abandonner l’utilisation de plastique non recyclé – Gabriella Lacombe
Reportages :Le Monde selon H&M, les dessous pas très propres du géant de l’habillement ; Révolte dans la mode ARTE, 2018, Wizman, Lunetta ; Fashion Forward: Stella McCartney, CBS Sunday Morning, Stella McCartney on Fake Fur – Broadly.
Podcast: Faut-il ralentir la mode pour sauver le monde? France Culture Octobre 2018 ; #55 Coralie Marabelle, ED!M – Entreprendre dans la mode, novembre 2018 ;
Magazine: Glamour Novembre 2018, N°5 : Mode, et si on se serrait (enfin) la ceinture ? p66

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