Un dauphin sur l’épaule droite et une rose sur l’arrière de la cuisse, les tatouages sont devenus des accessoires de mode à part entière. Et s’ils étaient au début des civilisations utilisés pour démontrer la bravoure, la communauté et la religion, ils se sont de nos jours largement démocratisés, et prennent toutes sortes de significations. Alors parlons des signes tribaux sur les pecs des messieurs, et des petits cœurs au creux des poignets des dames (pour rester dans les stéréotypes !). Pourquoi nous tatouons-nous ? N’est-ce qu’un simple phénomène de mode ? Jusqu’où cette tendance nous mènera-t-elle ?


Petite minute histoire (toute petite promis)

      Tout commence (comme toujours) il y a fort longtemps. Se dessiner sur la peau est une histoire d’héritage : une tradition conservée, souvent désapprouvée. À l’origine, le tatouage est une scarification que l’on recouvre de charbon. Il exprime les croyances, les groupes religieux et les sectes. (Et le Chrétien est un des premiers adeptes, avec des petites croix sur les deux poignets ! Jésus Marie !). Il est aussi utilisé pour démontrer bravoure et courage chez l’individu. Lors des croisades, le tatouage servait à reconnaître les religions des défunts et de procéder à un enterrement adéquat. Ensuite, il se fait interdire, puis légaliser, se répand et se cache, puis se fait oublier, jusqu’au Capitaine Cook.

      Celui-ci ramène l’idée en Angleterre, après un voyage à Tahiti (XVIII°), où il rencontre des Maoris peinturlurés de la tête aux pieds. (D’ailleurs le mot tatouage est issu de nom de cette île !). De là commence la démocratisation du dessin de peau, qui s’accélère largement avec l’invention, par un New-Yorkais, de la machine à tatouer (fin XIX°). Rapide et efficace, le tatouage se reprend comme des petits pains. En veux-tu, en voilà !

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Marquage marginal

      Cependant, étant le cachet commun de beaucoup de gangs criminels ou d’anciens détenus, il reste tout de même longtemps attribué aux voyous, aux rockers et aux pinups. Se servant de cet aspect marginal, les cirques et les carnavals sont les premiers à célébrer l’art du dessin de peau grâce aux Freak Shows. Venir admirer des hommes et femmes « tout bleus » (Tin-Tin, de l’encre sous la peau), est une attraction prisée qui intègre peu à peu l’art du tatouage dans les mentalités. Les corps ornés d’encre font rêver, reflétant exotisme et liberté.

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– Et après quelques générations, le tatouage, qui était défendu et inaccessible, devient un accessoire de mode des plus communs… –

Nouvelle appartenance des corps

      Aujourd’hui, le tatouage vit ses années de gloire et recouvre les corps de monsieur et madame tout le monde – et ce ne sont pas tous des rockers, je vous le dis.

      Si en 2010, seulement 10 % des français avouait être passé sous l’aiguille bleue (Ifop, 2010), ils sont 18% en août 2018 (Ifop 2018). Alors, outre l’avancée technologique dans la machinerie du tatouage, qu’est-ce qui pousse à se faire piquer la couenne ?

        D’après Marie-Anne Paveau, (institutrice et tatouée), le dessin de peau se serait développé avec une nouvelle appropriation de nos corps. Entre liberté de la femme, liberté sexuelle et du corps, détachement religieux et communication en progression, le tatouage est une petite forme de rébellion qui dit : « je fais ce que je veux, je suis libre » (Et sacrément courageux(se) puisque l’aiguille était vachement longue !). Alors la marque bleue habille nos peaux nues, customise nos corps et prend de la place. (On a que deux bras, malheureusement pour certains.)

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Motivations communes pour un dessin unique

      Globalement, les tatoués recherchent la même chose : une esthétique, customiser leurs corps, remplir leurs peaux vierges. Il recherche aussi à se souvenir ou au contraire, la thérapie de l’indélébile. Pour beaucoup, se graver sur la peau aide à tourner la page ; pour d’autres, leur corps devient un journal intime.

      Il y a également la recherche du groupe, de la communauté. Encore aujourd’hui, beaucoup de gangs mafieux portent des signes similaires distinctifs. À tel point que le FBI a mis en place un algorithme décodeur de tatouages pour déchiffrer les messages implicites et révéler de potentielles liaisons criminelles.

      De façon générale, sans parler de gangs, de criminels et de mafia mexicaine, le tatouage rassemble : les couples, les amis, les familles.

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Le 10ème Art

       D’après l’IFOP (2017), 55% des français sont d’accord pour dire que le tatouage est un art, et probablement l’art « le plus proche de l’homme » (Alix Nyssen, L’art du tatouage contemporain, 2016-2017).

       Comme peintres, sculpteurs et musiciens, les tatoueurs choisissent une atmosphère et s’y tiennent. Le Syndicat National des Artistes Tatoueurs recense quatre thèmes principaux du dessin de peau : japonais, tribal, old-school et hyper-réalisme. Mickael de Poissy, par exemple, est réputé pour ses inspirations des vitraux d’église, avec une spécialisation pour la cathédrale Notre-Dame. (S’il-vous-plaît !).

       Les artistes du tatouage font de « l’enveloppe corporelle une hypothétique œuvre d’art » (Pascal Tourrain, De l’encre sous la peau). Ces rois et reines de l’aiguille ont tout d’un dessinateur lambda, mise à part que leur bout de papier est en réalité, un bout de cuissot.

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Artistes du digital

      Adeptes du numérique, les tatoueurs dévoilent leurs travaux grâce aux réseaux. Facebook, Instagram et tutti quanti sont de réels CV à tatoueurs. Et les célébrités sont leurs plus belles égéries, de Cara Delevigne à Rihanna en passant même par Jean-Paul Gaultier.

Si auparavant, l’activité d’un tatoueur se limitait aux frontières de son petit village comme boulangers et poissonniers, aujourd’hui, les quelques 4000 artistes français, opèrent dans tout le pays et au-delà. Et ce, grâce à Instagram, Facebook, Twitter et toute la troupe.

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      S’il vit ses années de gloire aujourd’hui, libéré grâce à l’émancipation des corps et propulsé par les réseaux sociaux, le tattoo porte un long héritage qui proviendrait du fin fond des grottes préhistoriques. Rejeté puis réapprivoisé, le tatouage a voyagé à travers les époques tantôt sur les dos des pirates tantôt sur les cuisses des pinups. Aujourd’hui, il se dépose sur nos poignets et aux creux de nos nuques. Très ancré dans le contexte de son époque, le marquage cutané se fait connaître à travers le digital. Il mêle ainsi la pratique ancestrale de la customisation et l’avancée technologique, et se fait nommé officieusement, le 10ème art.

      Il est une petite pointe de créativité que l’on garde toujours avec soit. Qu’il aide à se souvenir, à oublier, à se réunir ou à se différencier, le dessin de peau est de plus en plus commun. Il deviendrait pratiquement un accessoire de mode aussi lambda qu’une paire de boucles d’oreilles ou qu’une coloration capillaire. Le tatouage est la preuve indélébile que nos corps nous appartiennent, la marque de différence qui assure notre unicité. Encore faut-il que ce gribouillis soit original…


Documentaire: L’art du Tattoo: L’histoire du Tatouage à travers les âges, Tattoo LifestyleDe l’encre sous la peau, 2016, Suzanne Chaupin, Qui sommes nous ? France 3
Article: TeleObs, Tatouage phénomène de mode ou tendance éphémère ? ; AFME, le détatouage par extraction de pigment ; Digital Pharma: Comment enlever le tatouage efficacement ? 
Website: Syndicat National des Artistes Tatoueurs, (Le 10ème Art)
Études: IFOP 2010, Les Français et les Tatouages ; IFOP 2017, Les Français et le Tatouage ; IFOP 2018, La Pratique du Tatouage en France aux UK et aux USA ; STATISTA 2018, Les pays où les tatouages sont les plus populaires
Podcasts: Le Tatouage, C’est cool! c’est quoi? #9, 26 mars 2016 ; Choses à Savoir TECH, Quel est le programme secret du FBI sur les tatouages ? 13 décembre 2017 

 

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