@drisigner

Recherche Du But Ultime

Classy Spicy

01.02.2022

     Chers compatriotes, cher peuple français,

     Cette pandémie que nous subissons à l’échelle mondiale depuis la fin de l’année 2019 nous a poussés à réaliser de nombreuses études sur l’individu, sur son comportement en société, sur ses aspirations et ses buts sur Terre. Les conclusions sont décevantes.

     Nous sommes partis de l’hypothèse que l’espèce humaine s’est développée dans un but bien précis : exterminer le mal grâce à ses lois et ses règles ; ou encore, pousser constamment les limites du réel, du naturel, pour concevoir un monde parfait. Oui, chers compatriotes, nous avons pensé que le but ultime de l’espèce humaine était la perfection, l’abolition du mal. Nous sommes partis du fait que pour un monde parfait il faudrait que chaque élément qui le compose soit parfait. Que l’eau soit claire dans les rivières et les poissons charnus, que le soleil brille souvent et laisse un temps parfaitement équitable à la pluie, que le vent souffle sans détruire les branches et que nous, humains, nous soyons tout bonnement sans défauts. Nous avons imaginé que le but ultime de l’espèce humaine pouvait être la perfection.

     Voyez pourquoi, nous considérons les résultats de nos recherches comme étant décevants. Car nous sommes loin de la perfection. Le vent arrache nos forêts et nous souillons nos sols. Nos immeubles brisent les montagnes et nous polluons l’air. Le soleil brille trop ou pas assez, et s’il brille c’est pour détruire. Et la pluie, cette eau ravageuse qui tombe du ciel en trombe n’est là que pour effacer, emporter, dévaster. Nous sommes loin de la perfection.
Et nous n’avons pas mentionné ici, l’Homme. Celui que nous pensons être la source même de toute potentielle harmonie. Celui en qui nous imaginons le début de la mutation vers le but ultime de l’espèce humaine. Cet individu-là est sale de l’intérieur. Il vole et tue, sans le savoir la plupart du temps. Il juge et condamne, sans généralement comprendre. Il se vante et parle, sans rien connaître. Voici ce que nos études ont démontré : tout vient de l’Homme. Que ce soit pour concevoir un monde parfait ou pour le détruire, tout part de l’Homme et de la manière dont il est composé. Nos résultats de recherches sont décevants. L’Homme est souillé de l’intérieur. L’Homme vit pour gagner, pour dominer, pour diriger. Il vit pour exister, et exister signifie pour lui piétiner son voisin. L’Homme crée sa propre perte.

     Nos études ont démontré que nous connaissons à présent la date et la nature de l’extinction humaine, et l’Homme n’y fait rien. Il n’y fait rien à cause de son ignorance, à cause de son indolence, à cause de son impuissance. Chers compatriotes, sachez que nous sommes les premiers à être sincèrement attristés par les résultats de notre recherche ; mais l’Homme est loin de la perfection. Sinon il arrêterait de violer les femmes et les enfants, il cesserait de mentir à ses mères, ses frères, ses fils. Il considérerait chaque vie sur terre précieuse. Puis, il ne partagerait pas de haine ni de violence. L’Homme s’il était parfait ne jurerait pas. Il serait modeste et aimant, pur et prudent. Il partagerait ce qui ne lui appartient pas, car rien ne lui appartient si ce n’est ce qui le compose. L’Homme dans ce monde de perfection ne ferait que du bien autour de lui. Seulement l’Homme est prodigieusement souillé. Dans chaque cellule de son corps, le Mal vit et nous n’y pouvons rien faire.

     Après cette étude, nos équipes de scientifiques en sont arrivées à une unique conclusion. Et ce sera là la fin de mon allocution auprès de vous, chers compatriotes.
Puisque le mal habite chacune de nos cellules, puisqu’il vit dans le vent, dans la pluie et dans chaque rayon du soleil. Puisqu’il fait hurler de douleur nos mères à nos naissances et qu’il nous permet de manger, de vivre et de croître en tant que société. Puisque le mal nous a permis de découvrir le pétrole, puisqu’il nous a permis de connaître les plaisirs, d’explorer la Terre, de construire et d’envahir. Nous devons l’accepter. Car le mal n’aurait jamais permis de faire le bien. Cher compatriote, ceci est la conclusion de nos études : sans mal il n’y aurait pas de bien. Et il se peut que nous n’atteignions jamais le but ultime de l’espèce humaine qui est de concevoir un monde parfait ou d’éradiquer le mal sur terre. Car le mal est partiellement bien. Et cette dualité si paradoxale fait notre force, nous, Hommes. Nous sommes là pour nous battre, pour voler et piller. Puis nous serons là pour défendre, aimer et prier.

Vive la France.